18.04.2012
Lorsqu'on évoque le spectre de la disparition de la "culture générale", Françoise Melonio soupire.
Lorsqu'on évoque le spectre de la disparition de la "culture générale", Françoise Melonio soupire. Depuis quelques mois, cette professeure de littérature à la Sorbonne, qui a publié une histoire culturelle de la France aux XVIIIe et XIXe siècles, passe aux yeux des puristes pour une fossoyeuse de la culture générale : elle est la doyenne du collège universitaire de Sciences Po, qui vient de supprimer cette épreuve de l'examen d'entrée. Ulcérés, des intellectuels ont dénoncé un acte "suicidaire" qui "coupe nos enfants des meilleures sources du passé". "En bannissant des écoles, petites ou grandes, les noms mêmes de Voltaire et de Stendhal, d'Aristote et de Cicéron, ces "visionnaires" ne seraient-ils pas en train de compromettre notre avenir ?", demandent Régis Debray, Marc Fumaroli, Michel Onfray, Jean d'Ormesson, Erik Orsenna et Philippe Sollers.
Cette croisade menée au nom des humanités classiques laisse Françoise Melonio perplexe : avec cette réforme, Sciences Po estime au contraire avoir recentré l'examen d'entrée sur les fondamentaux. La dissertation d'histoire a été maintenue et les candidats devront passer un oral de langue ainsi qu'une épreuve écrite de mathématiques, de sciences économiques et sociales ou de littérature-philosophie -le commentaire d'un texte de Stendhal ou de Gracq l'année dernière, de Proust ou Chateaubriand la précédente. "La littérature ne fait-elle pas partie de la culture générale ?", sourit Françoise Melonio.
Ces épreuves ont été complétées par un oral portant sur les goûts intellectuels des candidats et par l'examen de leur dossier scolaire depuis la classe de seconde. "Il permet de vérifier la cohérence de leur parcours et d'atténuer l'effet parfois aléatoire des épreuves écrites", explique t-elle.
UNE "CULTURE DE OUÏ-DIRE"
Si la fameuse dissertation d'"ordre général" a été supprimée, c'est après une longue réflexion sur ses effets pervers : cette épreuve encourage, selon Françoise Melonio, une "culture de ouï-dire" un peu creuse. "Elle est adaptée à des étudiants qui ont deux ou trois ans d'études supérieures et beaucoup de lectures derrière eux, explique-t-elle. Mais lorsqu'ils se présentent à Sciences Po, en mars, les candidats ont 17 ou 18 ans, ils sont en terminale et ils ont fait à peine six mois de philosophie. Du coup, ils n'ont pas lu grand-chose et beaucoup de copies ressemblent à des blocs de cours reliés plus ou moins astucieusement les uns aux autres. Nous préférons une culture de première main faite de lectures approfondies à une culture de morceaux choisis ou de name dropping élaborée à partir de fiches."
Si les défenseurs de la "culture générale" se sont mobilisés avec tant de passion contre la réforme de Sciences Po, c'est qu'ils savent que, depuis quelques années, le vent ne leur est guère favorable.
L'Ecole normale supérieure de Lyon vient ainsi de remplacer l'oral de "culture générale littéraire et artistique" du concours d'entrée par un exposé portant sur six ouvrages de recherche qui ont marqué les
lettres ou les sciences humaines. "L'épreuve de culture générale se résumait souvent à des lieux communs un peu standardisés bachotés en classe préparatoire, affirme le président de l'ENS de Lyon, Jacques Samarut. Le nouvel oral devrait favoriser un travail de fond et une réflexion personnelle sur les oeuvres. L'esprit a changé : il ne s'agit pas de réciter une fiche ou de connaître des citations, maisde présenter une lecture critique d'un texte important."
LA PRINCESSE DE CLÈVES
Au cours des cinq dernières années, la fonction publique a, elle aussi, pris ses distances avec la "culture générale". Nicolas Sarkozy avait estimé, en 2007, que seuls des sadiques ou des imbéciles avaient pu
inscrire La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette, au programme du concours d'attachés d'administration.
Un an plus tard, son ministre de la fonction publique, André Santini, dénonçait l'"élitisme stérile" du recrutement des fonctionnaires : "Les épreuves de culture générale ont été dévoyées et elles
servent maintenant à coller les candidats. On pose des questions trop académiques et ridiculement difficiles qui n'indiquent rien des réelles aptitudes à remplir un poste. A quoi cela sert-il d'avoir une
épreuve d'histoire pour les pompiers ?"
A Sciences Po, à l'ENA, dans les grandes écoles de commerce et la plupart des concours administratifs,la "culture gé" a longtemps constitué un rituel incontournable. La plupart des sujets se présentent sous
la forme d'une question : "La beauté sauvera-t-elle le monde ?" (Ecole nationale de la magistrature, 2008), "La République peut-elle encore faire confiance au progrès pour rester fidèle à elle-même ?"
(ENA, 2004), "L'imagination, est-ce la liberté de pensée ?" (écoles de management, 2011). Les candidats sont priés de rédiger une longue dissertation "à la française" avec une introduction en entonnoir,
un plan en deux ou trois parties, une conclusion. Cet exercice rhétorique est extrêmement codifié : les correcteurs admettent sans difficulté que le style compte pour beaucoup, que le plan est essentiel et
qu'ils apprécient les références culturelles et les citations de grands hommes.
UN MODE DE RECRUTEMENT TRÈS FRANÇAIS
La dissertation de " culture gé " ne concerne pas uniquement les grandes écoles qui forment les élites du pays : en France, la plupart des candidats à la fonction publique doivent se plier à ce rituel. Il y a cinq ans, le concours de secrétaire administratif du ministère de l'intérieur imposait ainsi une dissertation de trois heures sur "un sujet d'ordre général relatif aux problèmes économiques, sociaux et culturels du monde contemporain" : "Peut-on dire en 2007 que la femme est un homme comme les autres ?"
Les intellectuels étrangers regardent cet exercice très français avec une stupéfaction amusée : rares sont ceux qui comprennent qu'un pays sélectionne ses fonctionnaires et ses élites en leur demandant
de formuler dans une dissertation de grandes idées générales puisées dans la littérature, la philosophie, l'histoire ou les arts. Beaucoup moquent même ce goût pour l'abstraction qui, selon eux, frôle la cuistrerie. "La dissertation de culture générale est un mode de recrutement propre à la France, constate Dominique Meurs, professeure d'économie à l'université de Nanterre et chercheuse à EconomiX et à
l'Institut national d'études démographiques (INED). Les autres pays embauchent généralement leurs fonctionnaires sans concours, à travers des entretiens d'évaluation qui permettent de mesurer, non les
connaissances académiques, mais les compétences professionnelles des candidats."
LE DÉBAT D'IDÉES, UNE RELIGION
Nos voisins se moquent, mais les défenseurs de la dissertation de "culture gé" n'en ont cure : pour eux, cet exercice permet aux étudiants de développer une réflexion élaborée et documentée. "La France
est construite sur une religion : les élites doivent être formées au débat d'idées, explique l'écrivain Xavier Patier, directeur de la Documentation française. La forme joue, il est vrai, un rôle important, mais c'est normal : l'élégance du style est une façon de respecter le lecteur, tout comme les manières, à table, sont marque de respect pour les convives. La dissertation de culture générale repose sur des raisonnements un peu formels, mais elle permet aux étudiants de mobiliser leurs connaissances historiques, littéraires, philosophiques ou artistiques au service d'une vision du monde. C'est un effort qui correspond à notre modèle culturel et qui nous arme face à la mondialisation." Les responsables des grandes écoles de management estiment, eux aussi, que la culture générale est
un bon outil de sélection, ne serait-ce que parce que les entreprises le demandent. "Il s'agit d'un élément incontournable de la formation des cadres, précise Thierry Debay, directeur des admissions et concours
des 25 écoles de management réunies dans la Banque commune d'épreuves. Savoir contextualiser une réflexion, posséder des capacités de discernement, organiser une pensée, cela peut être utile
quand on lance un produit en permettant, par exemple, de faire la distinction entre l'essentiel et l'accessoire.
La culture générale est aussi un atout dans un monde où l'ouverture d'esprit est valorisée : elle est une couche de vernis indispensable à la coloration intellectuelle d'une carrière."
La culture générale paraît en outre essentielle à tous ceux qui dénoncent les ravages de l'hyperspécialisation : en puisant dans plusieurs disciplines, en se hissant au-dessus des connaissances professionnelles,
la culture générale permet, selon eux, d'échapper à la technicisation croissante du monde contemporain. Pour les philosophes Chantal Delsol et Jean-François Mattéi, ce savoir partagé est la marque de l'"honnête homme, qui, selon Diderot, agit en tout par raison". "Avec la suppression de la culture générale, nous risquons de former des esclaves qui ne lisent rien, qui ne sont pas au courant, qui appliquent simplement, scotchés à leur ordinateur, la perspective technique de la mise en coupe technique de l'humanité qui est en cours d'une façon absolument mondiale", ajoute l'écrivain Philippe Sollers.
"ÉCLATEMENT DES SAVOIRS"
Françoise Melonio entend cette inquiétude, même si elle n'en tire pas les mêmes conclusions. "Nous assistons, c'est vrai, à un éclatement progressif des savoirs, constate la doyenne du collège universitaire
de Sciences Po. Dans ce contexte, la consolidation d'une culture commune est indispensable, car elle permet de lutter contre l'émiettement du monde. Nous estimons, à Sciences Po, que, à 17 ans, la culture générale n'est pas un bon outil de sélection ; mais nous souhaitons en revanche qu'elle irrigue l'ensemble du travail des étudiants. Nous proposons donc un cursus généraliste qui aborde les questions communes sous l'angle de plusieurs disciplines et nous imposons, en première et deuxième année, des cours d'humanités et des ateliers artistiques (théâtre, architecture, danse, cinéma, écriture, musique) qui mêlent réflexion théorique, sens critique et pratique d'une discipline."
Si la dissertation de culture générale est décriée, c'est en raison du caractère rhétorique d'une épreuve un brin désuète qui encourage souvent les étudiants à formuler des idées superficielles en les agrémentant de quelques citations. Nul besoin de révisions approfondies ou d'un travail de fond sur un programme, comme en français, en histoire ou en philosophie : la dissertation de culture générale, qui ne
se nourrit pas de connaissances à proprement parler, picore souvent ici et là des références puisées dans de courtes fiches. Les forums étudiants du Net montrent d'ailleurs que les candidats maîtrisent fort bien les ficelles de l'exercice : l'essentiel, disent-ils, est de masquer ses lacunes, de faire un plan "à la française " et de parsemer sa copie de références culturelles, même mal maîtrisées.
En France, la " culture générale " n'a d'ailleurs de générale que le nom : elle méconnaît des pans entiers de l'univers du savoir. La littérature, la philosophie, l'histoire et les arts sont fortement privilégiés, mais la culture scientifique, les savoirs techniques, la sociologie, l'anthropologie, l'histoire économique, les sciences de la nature, de l'environnement ou de la santé sont regardés avec une certaine condescendance.
"La culture, comme le "bon goût", n'est pas une notion objective déposée au Bureau international des poids et mesures de Sèvres, sourit Marie Duru-Bellat, sociologue à Sciences Po. Elle dépend évidemment
de ceux qui en définissent les contours. En France, nous avons une conception plutôt élitiste et traditionnelle de la culture générale, et nous sélectionnons nos futurs dirigeants sur ces critères. Le mépris des savoirs empiriques et scientifiques est pourtant regrettable : dans un monde où les questions d'environnement sont centrales, la culture scientifique, ce n'est pas un détail !"
LES "BONS CODES"
Est-ce en raison de cette tradition de lettrés ? La dissertation de culture générale est, du point de vue social, l'une des épreuves les plus discriminantes qui soient. "Elle élimine tous ceux qui n'ont pas les
bons codes, souvent hérités du milieu familial, expliquait en 2008 le ministre de la fonction publique, André Santini. C'est une forme de discrimination invisible. Or, la fonction publique doit jouer son rôle
d'ascenseur social, d'intégration et se montrer à l'image de la population." Beaucoup d'intellectuels contestent cette idée - "la culture générale n'est d'aucun pays et d'aucune classe sociale", affirment
ainsi Chantal Delsol et Jean-François Mattéi -, mais les résultats des recherches scientifiques sont sansambiguïté : la dissertation de culture générale "à la française" est un puissant facteur d'exclusion sociale.
En 2008, trois chercheurs de l'INED (Mireille Eberhard, Dominique Meurs et Patrick Simon) ont analysé le parcours de 1 800 candidats au concours des instituts régionaux d'administration, qui forment les attachés.
Les deuxièmes générations de l'immigration réussissent les notes de synthèse aussi bien que les autres candidats, mais elles trébuchent sur la dissertation de culture générale : elles obtiennent en moyenne une note de 8,4 sur 20, contre 9,1 pour les "natifs". "Même ceux qui ont suivi une préparation au concours ne rattrapent pas le niveau, alors qu'ils progressent dans les autres matières, observe Dominique Meurs. Comme si la culture générale relevait non pas de connaissances ou de capacités de raisonnement acquises à l'école, mais de quelque chose d'indicible qui se transmet dans le milieu social." Dans les concours d'entrée des écoles de management, les boursiers semblent, eux aussi, partir avec un handicap : l'étude des 150 000 notes du concours 2010 montre qu'ils affichent un retard de 0,9 point en "culture gé" - moins qu'en langue ou en maths, mais plus qu'en économie ou en dossier de synthèse. Pour les sociologues, cette difficulté est liée au fait qu'ils manient mal les "codes" d'une épreuve où les manières comptent au moins autant que le fond. "La dissertation de culture générale fait appel à une tournure d'esprit, une assurance, un goût pour l'abstraction, une façon de présenter ses idées, de mettre la bonne citation au bon endroit, qui s'apprend dans les milieux favorisés, poursuit Dominique Meurs. Cette aisance est le fruit d'un apprentissage culturel, au même titre que la façon de se tenir à table."
LIMITER L'EFFET SÉGRÉGATIF
Pour lutter contre cette discrimination invisible, le gouvernement a engagé en 2008 une révision générale des concours de la fonction publique. Inspirée par le rapport de deux inspecteurs généraux de l'administration, Corinne Desforges et Jean-Guy de Chalvron - dédié à "Marie-Madeleine de La Vergne, comtesse de La Fayette, et à la princesse de Clèves" -, cette réforme a touché plus de 420 concours.
"Les longues dissertations générales favorisaient les candidats issus de milieux favorisés et avaient peu de rapport avec le métier exercé plus tard, explique-t-on au cabinet du ministre de la fonction publique,
François Sauvadet. Nous privilégions désormais les études de cas, les notes de synthèse, les mises en situation, qui permettent de mesurer non un bagage culturel mais de réelles aptitudes professionnelles.
Cela correspond à une attente de l'Etat, mais aussi des usagers."
Pour limiter l'"effet ségrégatif" des épreuves de culture générale, Salima Saa, la présidente de l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances, propose, elle, que les épreuves de culture
générale s'appuient désormais sur un programme clairement défini. C'est ce que font déjà les 25 écoles de management réunies dans la Banque commune d'épreuves, qui choisissent tous les ans un thème de réflexion étudié en classe préparatoire : la beauté en 2009, la vie en 2010, l'imagination en 2011. "Ces cours leur permettent d'acquérir des repères intellectuels qui les aident à rédiger leur dissertation de culture générale, souligne Thierry Debay, le directeur des admissions et concours de la Banque commune d'épreuves. Mais le système éducatif est implacable : en France, la discrimination sociale commence très tôt, dès le primaire. Il est difficile de redresser la situation aussi tardivement."
L'école française est, il est vrai, une championne des inégalités sociales : la dernière enquête PISA (Programme international pour le suivi des élèves), qui date de 2009, montre que, malgré tous les grands discours sur l'égalité républicaine, le poids du milieu économique et social de l'enfant pèse plus lourdement en France qu'ailleurs : la "variance" liée aux origines sociales atteint 16,7 % dans l'Hexagone, contre seulement 6,2 % en Islande, 7,8 % en Finlande, 8,6 % au Canada, 11,8 % en Italie, 13,7 % au Royaume-Uni, 14,5 % au Danemark. Le travail d'ouverture sociale mené par Science Po sous la direction de Richard Descoings est évidemment utile - en treize ans, le pourcentage d'enfants d'ouvriers a triplé, passant de 1,5 à 4,5 % -, mais il intervient à un âge où les destins sociaux sont, pour l'essentiel, déjà joués. Comme le signale l'ex-président de la Conférence des grandes écoles, Alain Cadix : "L'ascenseur social ne démarre pas au quinzième étage !"
Anne Chemin
23:04 Publié dans Réflexions sur la langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
Facebook | |
12.04.2012
Nos interventions pendant la semainde de la francophonie à l'Escale de strasbourg Robertsau
extrait la hune le journal de l'escale avril 2012

15:58 Publié dans Jeux, Livre, Loisirs, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alf |
Facebook | |
13.03.2012
En un curieux français, Sarkosy s'adresse aux Français
Dans le monde du jeudi 8 mars dans l'article "Sarkosy peine à imposer un duel avec Hollande", le président a dit en battant sa coulpe à prpos du Fouquet's... : "Je n'ai pas impacté le poids du symbole". les cheveux des amoureux de notre langue ne devaient-ils pas se hérisser devant cette manière de parler barbare.
D'abord, impacter n'est pas reconnu par les dictionnaires....Ainsi il aurait fallu dire :"Je n'ai pas mesuré l'impact du symbole"... courriels au monde du mardi 13 mars 2102 extraits courriel de Mme Desjardins.
15:23 Publié dans Français, Réflexions sur la langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : impact, sarkosy, sympole, fouquet's |
Facebook | |
24.02.2012
concours d'entrée à Sciences-Po n'inclurait plus l'épreuve de culture générale
En annonçant, le 12 décembre 2011, que le concours d'entrée à Sciences-Po n'inclurait plus l'épreuve de culture générale à compter de 2013, son directeur, Richard Descoings, a simultanément divisé sa propre équipe et suscité une polémique féroce : la question est trop brûlante pour ne pas passionner les intellectuels. Les uns se réjouissent de la fin d'un barrage social ; les autres, plus nombreux, hurlent à la dilapidation de la culture. Tandis qu'Ivan Rioufol, dans Le Figaro, évoque des « adeptes de la table rase » sacrifiant à « l'idéologie égalitariste », les philosophes Chantal Delsol et Jean-François Mattéi dénoncent l'avènement de la « médiocrité », et Xavier Patier, directeur de La Documentation française, la « déculturation ». Philippe Sollers est allé jusqu'à annoncer sur France Info une génération d'« esclaves ». L'écrivain Philippe Forest s'inquiète également dans Libération du triomphe des « techniques d'automarketing ». Face à eux, la voix de Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des questions d'éducation, professeur à Sciences-Po, que la réforme ne « choque pas », semble bien faible.
Supprimer la culture générale, serait-ce l'avènement du pragmatisme dans les études, l'esprit qu'on assassine ? Personne ne semble avoir noté que la très respectable Ecole normale supérieure de Lyon (ENS-LSH) a discrètement fait, pour son concours d'entrée 2012, un choix similaire, qui montre peut-être que les choses sont tout de même plus complexes qu'on ne le dit. Entre les humanistes autoproclamés qui se déchaînent aujourd'hui contre la direction de Sciences-Po et les tenants d'un utilitarisme mercantile, on n'est pas nécessairement sommé de s'enrôler dans une caricature.
Plantons le décor. Dans les structures d'enseignement où le problème se pose, la culture générale n'est pas un aliment pour conversations de salon ; elle reflète ce qui n'est pas l'objet d'un enseignement spécifique, mais ce qu'un étudiant, accablé de travail dans les autres matières, peut encore apprendre sur l'art, la littérature, la philosophie. Jusqu'à nouvel ordre, les épreuves de culture générale sont au programme des nombreux concours des grandes écoles de commerce (HEC, Edhec, Essec, Ecricom). Quant aux filières scientifiques, les concours d'entrée à Polytechnique, à Centrale-Supélec, aux Mines-Ponts ou à l'Espci-ENS comportent tous un oral de français qui relève de la culture générale, dans la mesure où il repose sur un programme constitué d'un thème (pour 2012, « la justice ») et d'oeuvres relevant de divers domaines culturels. La « culture gé » est donc un enseignement où les frontières entre disciplines sont gommées, afin de constituer un support sur lequel les candidats développent leurs aptitudes à comprendre un problème, à restituer l'argumentation d'un texte et à structurer une pensée personnelle sur le monde.
Or, depuis quelques années, cette forme d'enseignement se trouve en butte à plusieurs types d'attaques. Les concours des grandes écoles ne sont du reste pas les seuls concernés : dès 2008, les filières techniques de la fonction publique ont remplacé leurs QCM de culture générale par des épreuves pratiques. Poursuivie par André Santini, alors secrétaire d'Etat chargé de la Fonction publique, la réforme devait également toucher les concours administratifs recrutant les fonctionnaires des catégories B et C. Comment cette vague, grossièrement symbolisée par l'anti-intellectualisme de Nicolas Sarkozy et ses rapports difficiles avec la Princesse de Clèves, a-t-elle pu parvenir jusqu'aux institutions censées fabriquer les élites ?
Quatre reproches sont souvent adressés à ce type d'épreuve. D'abord, la culture générale n'est pas une véritable discipline. Elle se construit en réalité tout au long d'une vie. Ensuite, son corpus serait aujourd'hui circonscrit par des limites surannées, excluant les formes plus actuelles de la culture (cinéma, musique, jeux vidéo, etc.). De plus, l'épreuve étant extérieure aux compétences techniques des étudiants, elle ne devrait jouer aucun rôle dans leur recrutement. Enfin, et surtout, l'épreuve pénaliserait les candidats issus de familles défavorisées, car le milieu culturel dans lequel ils ont grandi ne correspondrait pas aux attentes du concours.
POUR PLUS D'ÉQUITÉ
Du même auteur
• Non à la ratification du Mécanisme européen de solidarité (MES)
• Hureaux : un essai ravageur mais drôle sur les élites française
• Exclusif : deux avocats réclament l’annulation de la procédure visant le commissaire Michel Neyret
Ces dernières semaines, les partisans de la réforme, Richard Descoings en tête, ont beaucoup mis en avant cet argument social. Le directeur de Sciences-Po a aussi pointé le rôle discriminatoire des prépas privées payantes : « Ces sociétés proposent des manuels et des fiches techniques, 150 sujets de culture générale ou 1 500 citations à apprendre par coeur. »(Libération, le 31 janvier 2012.) Pourtant, on sait que les épreuves de langues étrangères sont en fait bien plus injustes que la culture générale : les meilleures notes vont bien souvent aux élèves aisés qui ont eu les moyens d'effectuer plusieurs séjours linguistiques. Modifier plutôt cette épreuve-là a même été l'option retenue dès 2010 par l'Ecole centrale (Paris). Hervé Biausser, son directeur, expliquait ainsi, au lendemain de la Conférence annuelle des grandes écoles, que le concours se recentrerait sur « l'anglais courant », pour ne pénaliser personne (Le Figaro, le 8 octobre 2010). Mais, si ces épreuves évaluent des aptitudes acquises en partie ailleurs qu'à l'école, on se demande si la bonne solution consiste vraiment à renoncer à les évaluer. Ne vaudrait-il pas mieux essayer de donner à tous les moyens de les acquérir ?
« De quelque manière qu'on s'y prenne, indique Pierre-François Moreau, professeur de philosophie et membre du jury à l'ENS de Lyon, même si les correcteurs font tout pour ne pas évaluer la culture familiale, c'est elle qui transparaît fatalement dans les notes en culture générale. Je vous dis, par exemple : « La mélancolie. » Si votre famille vous a emmené au cinéma, au théâtre, si vous avez lu depuis longtemps des livres qui échappent à la culture scolaire, vous serez mieux armé qu'un autre pour affronter ce sujet. » Pour atténuer cet effet, l'ENS-LSH a résolu de transformer en profondeur l'épreuve plutôt que de la supprimer. Adieu la culture générale, bonjour l'approche des sciences humaines. Ce qui change ? L'épreuve est désormais sur programme : six ouvrages, renouvelables par tiers tous les trois ans. L'avantage est que cela contourne relativement la culture familiale en permettant aux lycéens de se mettre à niveau avec leurs propres lectures. Au moment de l'épreuve, le candidat devra proposer une lecture personnelle d'un passage avant d'entamer une discussion avec le jury. Seul l'avenir dira si cette nouvelle mouture atteint son objectif : permettre une évaluation générale d'une plus grande équité.
UNE ÉPREUVE À RENOUVELER
Une remarque s'impose toutefois : ce n'est pas parce que la culture est extraordinairement difficile à évaluer que l'on doit renoncer à la transmettre. Les deux logiques ne se recoupent pas. Le débat actuel est aussi une manière de refouler l'essentiel : la part incalculable des qualités humaines qui ne se laissent pas quantifier. Or, jusqu'à présent, l'épanouissement de celles-là était précisément le but de la culture générale. « Comment une femme ou un homme incapables de faire le lien entre les différentes dimensions - économique, culturelle, religieuse... - de la société pourraient-ils diriger une entreprise ou concevoir le développement d'un produit ? » s'interroge un ancien professeur de classe préparatoire adulé par ses élèves. Précisément parce qu'il n'est pas relié à une discipline, ce type d'enseignement est indispensable : il ouvre les étudiants à des questions extérieures à leur domaine. Cela peut également leur permettre, au besoin, de se réorienter. « Demandez-leur ce qui est encore actif et utile, non pas un ou deux ans, mais dix ans après la sortie de l'école... La culture générale », poursuit-il. Au lieu de cantonner les étudiants dans des secteurs spécialisés ou techniques, institutionnels ou commerciaux, la culture générale a élargi les horizons de générations d'étudiants. Un atout précieux en cas d'échec.
La crise de légitimité que traverse la culture générale participe pourtant d'une nécessité : il faut en renouveler les formes. Avec des professeurs exceptionnels, les cours de culture générale sont inoubliables ; mais il arrive aussi qu'ils versent dans le bavardage mondain. Comment l'éviter ? Pour commencer, quoi qu'en disent les conservateurs de tout bord, il est indispensable d'en faire évoluer les contenus. « Il y a encore trente ans, explique Pierre-François Moreau, la culture générale désignait ce qui tournait autour de la littérature façon XIXe siècle, avec quelques autres manifestations considérées comme périphériques. Aujourd'hui, la base de la culture s'est élargie : elle implique un peu de sociologie, un peu de psychanalyse, un peu d'histoire de l'art, un peu de littérature, un peu d'anthropologie... »
En supprimant son épreuve, Sciences-Po donne sans doute à la société un signe inquiétant, comme s'il ne valait plus la peine de développer le sens critique chez tout le monde. Mais on ne saurait en retour défendre aveuglément une épreuve en partie désuète, et qui, surtout, ne règle pas le seul problème qui vaille : comment faire en sorte qu'un socle culturel qui n'est pas commun au départ le devienne à l'arrivée ? Entre les salons Belle Epoque et la Culture pour les nuls, il y a bien d'autres formes d'accès à la culture à défendre et à inventer. Article Marianne - Maxime Rovere
15:19 Publié dans Français, Réflexions sur la langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : concours sciences po, culture générale, épreuve |
Facebook | |
17.02.2012
Améliorez votre français
Quel truc formidable .... au boulot !!!! ----- Pour faire travailler tes neuronesTrés intéressant et instructif
http://www2.lactualite.com/jeux/jeux-sur-la-langue-francaise/vocabulaire-et-expressions/qui-suis-je/
17:04 Publié dans Français, Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jeux, français |
Facebook | |
10.02.2012
En renonçant aux humanités classiques, la France renonce à son influence....
Est-ce que la France serait devenue suicidaire ? En quelques mois, plusieurs sentences sans appel sont tombées, sans qu'on sache vraiment qui est à la manoeuvre : suppression de la culture générale à l'entrée de Sciences Po ; invention, digne des Monty Python, d'un concours de recrutement de professeurs de lettres classiques sans latin ni grec ; disparition de l'enseignement de l'histoire-géographie pour les terminales scientifiques...
Autant de tirs violents, sans semonce, contre la culture et contre la place qu'elle doit occuper dans les cerveaux de nos enfants et des adultes qu'ils seront un jour. Une place qu'on lui conteste aujourd'hui au nom du pragmatisme qu'impose la mondialisation. Mais quel pragmatisme, au moment où, partout dans le monde, de la Chine aux Etats-Unis, l'accent est mis sur la culture et la diversité de l'éducation, le fameux soft power !
En bannissant des écoles, petites ou grandes, les noms mêmes de Voltaire et de Stendhal, d'Aristote et de Cicéron, en cessant de transmettre le souvenir de civilisations qui ont inventé les mots "politique", "économie", mais aussi cette magnifique idée qu'est la citoyenneté, bref, en coupant nos enfants des meilleures sources du passé, ces "visionnaires" ne seraient-ils pas en train de compromettre notre avenir ?
Le 31 janvier s'est tenu à Paris, sous l'égide du ministère de l'éducation nationale, un colloque intriguant : "Langues anciennes, mondes modernes. Refonder l'enseignement du latin et du grec". C'est que l'engouement pour le latin et le grec est, malgré les apparences, toujours vivace, avec près de 500 000 élèves pratiquant une langue ancienne au collège ou au lycée. Le ministère de l'éducation nationale a d'ailleurs annoncé à cette occasion la création d'un prix Jacqueline de Romilly, récompensant un enseignant particulièrement novateur et méritant dans la transmission de la culture antique. Quelle intention louable !
Mais quel paradoxe sur pattes, quand on considère l'entreprise de destruction systématique mise en oeuvre depuis plusieurs années par une classe politique à courte vue, de droite comme de gauche, contre des enseignements sacrifiés sur l'autel d'une modernité mal comprise. Le bûcher fume déjà. Les arguments sont connus. L'offensive contre les langues anciennes est symptomatique, et cette agressivité d'Etat rejoint les attaques de plus en plus fréquentes contre la culture dans son ensemble, considérée désormais comme trop discriminante par des bureaucrates virtuoses dans l'art de la démagogie et maquillés en partisans de l'égalité, alors qu'ils en sont les fossoyeurs.
Grâce à cette culture qu'on appelait "humanités", la France a fourni au monde certaines des plus brillantes têtes pensantes du XXe siècle. Jacqueline de Romilly, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Lucien Jerphagnon, Paul Veyne sont pratiqués, cités, enseignés dans toutes les universités du globe.
A l'heure du classement de Shanghaï et dans sa tentative appréciable de donner à la France une place de choix dans la compétition planétaire du savoir et de la recherche, la classe politique semble aveuglée par le primat accordé à des disciplines aux retombées économiques plus ou moins aléatoires.
Le président de la République, pour qui les universités américaines constituent un modèle avoué, devrait méditer cette réalité implacable, visible pour qui fréquente les colloques internationaux ou séjourne durablement aux Etats-Unis. Que ce soient les prestigieuses universités de l'Ivy League (Harvard, Yale, Princeton...) ou celles plus modestes ou méconnues d'Iowa ou du Kansas, toutes possèdent leur département de langues anciennes.
Comment l'expliquer ? Par cette simple raison qu'une nation puissante et ambitieuse ne s'interdit rien et surtout ne fait aucune discrimination entre les disciplines, qu'elles soient littéraires ou scientifiques. Ce fameux soft power, ou "puissance douce", consiste à user d'une influence parfois invisible, mais très efficace, sur l'idéologie, les modes de pensée et la politique culturelle internationale. Les Etats-Unis, en perte de vitesse sur le plan économique, en ont fait une arme redoutable, exploitant au mieux l'abandon par l'Europe de cet attachement à la culture.
Pour Cicéron, "si tu ne sais pas d'où tu viens, tu seras toujours un enfant". C'est-à-dire un être sans pouvoir, sans discernement, sans capacité à agir dans le monde ou à comprendre son fonctionnement.
Voilà la pleine utilité des humanités, de l'histoire, de la littérature, de la culture générale, utilité à laquelle nous sommes attachés et que nous défendons, en femmes et hommes véritablement pragmatiques, soucieux du partage démocratique d'un savoir commun.
Romain Brethes, Barbara Cassin, Charles Dantzig, Régis Debray, Florence Dupont, Adrien Goetz, Marc Fumaroli, Michel Onfray, Christophe Ono-dit-Biot, Jean d'Ormesson, Erik Orsenna, Daniel Rondeau, Jean-Marie Rouart, Philippe Sollers et Emmanuel Todd sont écrivains et philosophes source lemonde
03:21 | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, français, humanités |
Facebook | |
09.02.2012
Petites réflexions sur le français...
Qu'en pensez-vous ?
Se put-il que déjà vous le sûtes ?
pour réfléchir et s'amuser
Par exemple, le pluriel des jours de la semaine ? Doit-on mettre la marque du pluriel aux jours de la semaine ? Tout bon commerçant s'est un jour posé cette question très légitime.
Eh bien oui ! Lundi, mardi etc. sont des noms communs soumis aux mêmes règles d'accord que les autres noms communs.
On écrit : tous les lundis et tous les dimanches.
Sauf que, vous vous doutez bien que ça ne peut pas être aussi simple. Lorsque ce même jour est suivi par une description de temps, la semaine par exemple, il faut compter le nombre de ces jours dans cet intervalle de temps. Dans une semaine, il n'y a qu'un seul lundi et on écrit donc : tous les lundi de chaque semaine. Vous suivez toujours ?
Donc si on passe au mois, il y a cette fois plusieurs jours qui sont un lundi dans un mois et on écrit donc :
La réunion a lieu les premier et troisième lundis de chaque mois. Au passage, vous remarquerez que premier et troisième sont au singulier puisqu'il n'y a qu'un premier et un troisième dans un mois. Mais les deux ensembles sont un pluriel.
C'est dans ce même ordre d'idée qu'on écrit : tous les dimanches matin et tous les mardi soir de chaque semaine.
Dans le premier cas, matin est au singulier car il n'y a qu'un seul matin dans une journée, par contre il y a plusieurs dimanches.
Dans le deuxième cas, il n'y a qu'un seul mardi dans la semaine d'où le singulier et il n'y a toujours qu'un seul soir dans un mardi.
Autres exemples :
Avec deux mots identiques, on fait deux choses différentes, ça doit être notre côté "économe"
Facile à comprendre pourquoi certains enfants du primaire (et même du secondaire) font des erreurs... surtout s'ils ne comprennent pas trop le texte écrit ! Il faut beaucoup de concentration !
Voici une petite chronique sur notre langue française. Personne ne pousse l'illogisme aussi loin que nous : c'est presque de la démence !
Voici des phrases, pourtant bien « françaises » :
— Nous portions nos portions.
— Les poules du couvent couvent.
— Mes fils ont cassé mes fils.
— Il est de l'est.
— Je vis ces vis.
— Cet homme est fier ; peut-on s'y fier ?
— Nous éditions de belles éditions.
— Nous relations ces intéressantes relations.
— Je suis content qu'ils nous content cette histoire.
— Il convient qu'ils convient leurs amis.
— Ils ont un caractère violent et ils violent leurs promesses.
— Ces dames se parent de fleurs pour leur parent.
— Ils expédient leurs lettres ; c'est un bon expédient.
— Nos intentions c'est que nous intentions un procès.
— Ils négligent leur devoir ; moi, je suis moins négligent.
— Nous objections beaucoup de choses à vos objections.
— Ils résident à Paris chez le résident d'une ambassade étrangère.
— Ces cuisiniers excellent à composer cet excellent repas.
— Les poissons affluent d'un affluent de la rivière. etc., etc...
Il y a, en effet, de quoi perdre la tête !
Vous faillites ne point lire ces subtilités de la langue française.
Ce jour vous le pûtes!
Ouff......
14:54 Publié dans Réflexions sur la langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
Facebook | |
10.01.2012
Bienvenue sur le site des Amis de la Langue Française
Notre association est toute jeune car elle a été créée fin 2011.
Nous avons déjà participé à plusieurs manifestations et colloques pour faire rayonner notre langue et notamment à la foire des livres de Colmar 2011 : quelques photos..
Foire de Colmar 2011

Création : Discours du Président Michel VOGT

15:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amis, langue, français, vogt, foire de colmar |
Facebook | |


